A l'aune des temps anciens [Mi-Octobre]

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A l'aune des temps anciens [Mi-Octobre]

Message par Sacha Anders le Jeu 11 Déc - 19:34

Toujours le même rêve...

Cette étendue noiraude et sans horizon, ces immeubles délabrés qui s'étirent vers le ciel orageux, son cloaque de tristesse et de misère. Il ne savait plus depuis combien de temps il était dans cet état, à errer entre deux univers qu'étaient la conscience et le rêve. Il arpentait des couloirs sans savoir si c'était son esprit qui se mouvait ou ses propres jambes.

Manger, dormir, s'éveiller, s'assoupir, rêver encore et toujours.

Depuis cette soirée au théâtre qui avait failli lui coûter la vie, le temps défilait sans qu'il n'ait de prise sur son esprit. Son état s'était dégradé depuis quelques semaines et rien, pas même le sang ne pouvait le remettre sur pieds. Les innombrables blessures cicatrisaient tant bien que mal, cerclées de quelques bandages pour que la vue de l'humain ne soit pas trop déplaisante. Il était méconnaissable et amaigri. Sa belle chevelure flamboyante s'était ternie avec la fatigue et le désespoir : celui d'être toujours en vie.

La mort ne l'avait pas délivré et aujourd'hui il se sentait comme une âme errante dans des limbes immatérielles. Il regardait sans voir, écoutait sans entendre. Tout était si flou autour de lui, comme des visions éphémères qui passaient de façon fugace dans le reflet de ses iris mordorés.

Etrangement cette fois-ci, il était sorti de l'immeuble duquel il était toujours prisonnier dans ses songes. Des lumières l'aveuglaient et des regards se posèrent sur lui, certains interloqués, d'autres non. Il frissonnait, le corps glacé par la pluie qui s'abattait sur sa fragile carcasse. Au loin une voix l'appelait, lui commandait de la suivre et d'avoir confiance en elle. Elle le guidait à travers les ruelles obscures de son rêve et puis cessa lorsqu'il fut face à une bâtisse qui se dressait dans la demie obscurité.

Sacha eut soudain l'impression d'inspirer profondément et se réveilla dans un sursaut, prenant conscience qu'il était debout face à  la vitrine d'un magasin. Il pesta en se reculant d'un pas, son pied  se perdant au fond d'une flaque qui l'éclaboussa. Il regarda autour de lui, ne parvenant pas à comprendre ce qu'il faisait dehors, seul et bien peu vêtu pour le temps capricieux de la nuit. Comment était-il arrivé jusqu'ici ? Comment avait-il pu fuir le théâtre sans même s'en rendre compte ? Pourquoi Annabelle ne l'avait-elle pas arrêté ?  

Il fut secoué par un spasme douloureux et glissa ses bras faméliques autour de son corps abîmé. Sacha se pencha très légèrement, essayant de réprimer une plainte, ses longs cheveux roux - et pour l'heure humides -se collant à son visage exsangue.

Il ne devait pas être ici, c'était mal.  Mais au fond, y avait-il encore une place pour lui en ce monde ?

Cette liberté avait un goût amer, un goût d'inachevé et d'incontrôlé. Il y avait quelque chose d'effrayant, quelque chose à propos de lui qui lui était désormais inconnu. Il avait prit conscience de cette attirance irraisonnée pour le 21, cette envie de bien faire lorsqu'il était auprès de lui et cette voix qui paradoxalement lui commandait de retourner à ses côtés. Etait-ce l'influence des … non, il ne parvenait pas à songer à ce que ces démons étaient, malgré toutes les preuves et les expériences accumulées jusqu'alors. Il ne voulait pas se dire qu'il avait perdu totalement le contrôle, qu'ils le manipulaient pour mieux se jouer de lui.

Lentement il releva son regard bicolore sur la vitrine et contempla les objets qui s'agglutinaient sur la devanture.

« As Time Goes By... » lut-il sur l'enseigne avant de reporter son attention sur les antiquités.

L'une d'elle le fit soudain s'approcher,  croyant y reconnaître quelque chose de familier.

Le visage à quelques centimètres de la vitrine, son regard s'agrandit et ses soucis lui semblèrent soudain bien lointains. Là, posé sur un meuble en bois de rosier, il y avait un très ancien camée en jade et or, dont la figure sur le dessus représentait un cerf ailé. Son coeur bondit dans sa poitrine lorsqu'il reconnu les parfaits contours du bijou et la légère pliure des maillons de la chaine la fois où, sans le faire exprès, il l'avait maladroitement coincée contre la lourde serrure d'une boîte en fer.

Sacha réalisa qu'il n'était peut-être pas ici par hasard, que quelque chose l'avait conduit jusqu'à cet endroit. Etait-ce le 21 ? Il en doutait, ce n'était pas vraiment son genre, surtout pour le laisser seul en pleine rue.

Hésitant, il gravit la volée de marches qui menaient à l'entrée de la boutique, se demandant si cette dernière était toujours ouverte. Il poussa la porte avec lenteur et fit quelques pas à l'intérieur, son regard toujours tourné vers le pendentif dans la vitrine. Glacé jusqu'aux os, il laissa échapper un soupir et s'approcha avec prudence de la commode sur laquelle reposait l'ancienne possession de sa mère. Il tremblait légèrement, autant à cause de l'émotion qu'à cause des températures peu clémentes de New York en cette saison.

D'un geste maladroit, il étendit ses doigts osseux vers le camée mais n'osa pas le toucher. Il y croyait à peine, sachant que son père l'avait probablement vendu dix années plus tôt. C'était tout ce qui lui restait de sa mère et cependant, plus jamais il ne pourrait être sien.
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